Aline&Out : Transjournal, 26/05/2018, Vers la Surface

Je crois que je me suis un peu noyée. J’étais à flot, et j’ai été tirée par le fond. Je voyais la lumière s’éloigner. La surface était si distante que j’étais plongée dans l’obscurité.

Les choses ont été difficiles depuis mon coming out. C’est sans doute pour ça que je n’ai plus écrit. D’une certaine manière, je n’avais plus la force. J’avais enfin réussi à rassembler le courage d’en parler à ma famille. Je me sentais libre, légère. Je courais à toute vitesse vers le bonheur. Et puis je me suis heurtée à un mur d’incompréhension et de culpabilisation.

Tout-à-coup, j’étais le fils qui mourrait. J’étais l’enfant qui aurait dû parler de sa dépression au lieu de la garder pour lui. J’ai eu l’impression que tout était de ma faute. J’ai eu le sentiment d’avoir fait du mal à tout le monde, alors que je venais annoncer qu’enfin, j’allais mieux.

Comme je l’ai dit à mon père, si je suis en train de tuer ton fils, il est mort depuis des années, si tant est qu’il ait déjà existé.

J’ai l’impression d’être une bête de foire. Tout le monde me dit « On te soutient », mais ne me parle que de la difficulté à recevoir cette nouvelle. Ce n’est pas du soutien. C’est de la culpabilisation. Je sais qu’ils aimeraient que je fasse machine arrière. Ça n’arrivera pas. Et me dire à quel point c’est difficile pour eux n’aide pas. Je n’ai pas besoin d’entendre ça, ce n’est pas à moi de régler ça, j’ai déjà d’autres choses à gérer de mon côté.

Quand ils font ça, ils me rendent responsable de leurs maux. Ils me rendent responsable de ce qu’ils projetaient sur moi. J’arrête de leur mentir, et ça les fait chier. J’ai l’impression qu’ils sont plus attachés à une bite et trois poils de barbe qu’à ce que je suis à l’intérieur…

J’étais donc très loin sous la surface. La lumière de l’espoir ne m’éclaboussait plus. Mon élan était coupé. Je baissais les yeux, et je voyais le fond. Celui où je m’étais retrouvée il y a bien des années. Là où je ne voulais jamais retourner. Là où j’avais failli mourir.

Cette perpective m’a glacé le sang, et j’ai décidé de faire ce que jaurais dû faire à l’époque. Je suis allée voir un psychiatre. Un médecin reconnu, et apprécié pour son travail avec les personnes trans. Cet homme m’a inondée de bienveillance. Il s’est soucié de moi comme personne dans ma famille ne l’a fait. Au lieu d’êtte scandalisé par ce que je lui disais, il posais des questions, cherchait à comprendre, à m’accompagner. Je n’aime pas dire ça, mais il m’a plus soutenue dans ce court laps de temps que ma famille.

J’avais trouvé un second souffle. Je nageais à vers la surface avec une vigueur renouvelée. De plus en plus vite.

Et le 24 mai, j’ai sorti la tête de l’eau. Pour la première fois depuis plusieurs mois. Ce jour-là, le psychiatre m’a signé un papier attestant de ma transidentité. Ce jour-là, j’ai annoncé très officiellement mon vrai nom afin qu’il figure sur ce document. Ce jour-là, je suis devenue officiellement transgenre.

Le psychiatre m’a assurée que tout allait bien chez moi, et que sa porte restait ouverte si j’avais besoin d’un suivi plus long, plus tard. Il m’a secondée dans l’idée que ce n’était pas nécessaire pour le moment.

J’ai non seulement sorti la tête de l’eau, mais j’ai la sensation d’avoir bondi grâce à mon élan. Je me sens si bien. Ma transition commence enfin. Je vais pouvoir faire ma demande d’ALD grâce à l’attestation, et me faire prescrire mes hormones. Les choses avancent enfin. Je suis extrêmement heureuse.

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