Aline&Out : Transjournal, 08/11/2018, Nouvelle Aube

Ça fait trois mois que je n’ai pas écrit ici. L’une des raisons, c’est que Twitter me sert beaucoup à déverser mes états d’âme et mes coups de gueule. L’autre raison, c’est que je n’avais pas grand chose à dire. Je ne suis pas une fille très loquace vous savez. Depuis deux ans, écrire ici est un vrai exercice pour développer ma pensée.

Le fait que des personnes de ma famille lisent ce blog maintenant fait que je me censure aussi. Parce que contrairement à ce qu’iels pensent, je me mets à leur place, et je fais attention à ce que je dis pour ne pas les blesser ou les choquer. Si vraiment je m’en foutais, iels auraient déjà vu toutes les photos de moi que je poste sur Internet.

Mais là n’est pas le sujet. Je voulais parler d’autre chose aujourd’hui. Pour celleux qui ne sont pas au courant, je suis hormonée depuis un mois maintenant. Je suis donc enfin lancée dans le traitement dont je rêvais depuis si longtemps. Et j’en suis très heureuse. Je me sens vraiment bien. Certains effets ont commencé à se faire sentir, mais ils sont encore trop subtils pour que d’autres que moi ne les remarquent. Mais moi je les sens, et j’en suis ravie.

Je voulais donc profiter de cette annonce pour parler des raisons qui poussent les personnes à transitionner. Bien sûr, je vais parler de mon cas, et bien que certaines de mes raisons se retrouvent chez d’autres personnes, ce n’est pas forcément le cas. Il peut y avoir autant de raisons de transitionner que de personnes qui transitionnent.

Premièrement, j’ai envie de me faire genrer correctement au premier abord. Si vous écoutez les personnes trans, vous remarquerez vite que le mégenrage est quelque chose de très violent. Ça revient à ne pas reconnaître l’identité de la personne, et donc ne pas la respecter. C’est très déshumanisant et violent, particulièrement quand c’est fait volontairement. La transition hormonale apportant des changements physiques, elle amoindrit les chances de mégenrage, ce qui est un bénéfice crucial.

Depuis que j’ai commencé le traitement, il est devenu de plus en plus laborieux d’avoir une érection. À ce jour, je n’ai plus d’érection matinale, et ma libido est en berne. Et c’est quelque chose de très agréable. Quand votre pénis vous procure beaucoup de dysphorie et qu’il se rappelle directement à vous par ce biais, c’est très difficile à vivre. Aujourd’hui, ce problème a quasiment disparu pour moi.

Dans notre société, on considère certains attributs comme masculins ou féminins. C’est idiot, mais c’est comme ça, et même des personnes qui tentent de s’affranchir des normes de genre ont intégré ces biais. Ainsi, ça fait deux ans que je me laisse pousser les cheveux. Les cheveux longs m’aident à me sentir féminine, et ça m’aide beaucoup. Dans le même registre, je sens que ma poitrine commence à s’agiter. Et la perspective d’une paire de seins, même petits, me fait beaucoup de bien. Parce que les seins sont eux aussi associés à la féminité.

La transition n’est pas que pour les autres. Elle est d’abord pour nous. Pour se sentir bien dans notre propre intimité. Pour que le dehors corresponde au dedans. Elle nous apporte de la confiance en nous. Elle nous apporte du bonheur.

On parle beaucoup de la dysphorie de genre, le violent sentiment d’inconfort vis-à-vis de notre genre assigné. Et en général, on dit que ça caractérise une personne trans. Mais c’est faux. La dysphorie m’a fait douter de mon genre. Mais c’est l’euphorie de genre, en m’affichant en femme, qui m’a confirmé que j’en étais bien une.

La transition aide à passer de dysphorie à euphorie. Voilà pourquoi c’est important, voilà pourquoi c’est respectable, voilà pourquoi on est des héros et héroïnes. On se donne les armes pour aller mieux, et c’est vraiment admirable.

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Aline&Out : Transjournal, 15/08/2018, Harcèlement

Les réseaux sociaux sont un outil merveilleux. Sans eux, je n’aurais pas pu progressé autant que je l’ai fait depuis mon coming out. Ils m’ont permis de vivre sous mon identité à une époque où je n’osais pas sortir sous l’apparence d’une femme. J’ai aussi pu énormément me renseigner sur la transidentité, rencontrer des tas de personnes comme moi, et même donner une audience à ce blog.

Mais les réseaux sociaux ont aussi une face sombre. Je suis sur Twitter depuis environ huit mois. Twitter m’a donné beaucoup de clefs sur le militantisme, et m’a permis de mieux me situer dans les différents courants. Malheureusement, jouissant d’une certaine visibilité maintenant, je suis devenue une cible pour certains groupes. Des gens qui estiment que les personnes comme moi ne méritent pas le bonheur/la paix/de vivre, ou tout à la fois. Des gens qui n’ont que de la haine à déverser sur celles et ceux qui remettent en cause leurs privilèges.

Je viens de subir ma seconde vague de harcèlement. La première fois, c’était en mai dernier. Un de mes tweets mentionnant ma dysphorie avait percé, et j’ai passé 24 heures à repousser les vagues de haine et d’insultes, les comparaisons immondes, et les menaces de viol et de mort. Lundi, j’ai posté quelques photos de moi sous un hashtag pour la visibilité des personnes LGBT+. Même schéma, le tweet a eu du succès, il a attiré l’attention des gens mal intentionnés qui sillonnaient les publications à la recherche de cibles, et hier matin, je me suis retrouvée avec une vingtaine de comptes à plusieurs milliers d’abonnés qui m’affichaient avec des commentaires toujours plus fleuris.

J’ai pris des mesures, et les choses semblent être retombées. Mais justement, là est le problème. Pourquoi je devrais avoir à prendre des mesures ? Pourquoi ne puis-je pas simplement montrer mon visage, parler de ma transidentité, sans recevoir des messages qui me font énormément de mal ? L’excuse du « Je donne juste mon avis » est employée à tors et à travers, mais elle ne tient pas. Quand c’est 200 personnes qui « donnent juste leur avis » en me disant que je ressemble à Shrek, ce n’est plus juste un « avis ». C’est du harcèlement de masse.

On vit dans une culture où on croit que notre parole est indispensable, peu importe le sujet. Mais c’est faux. Je n’ai pas besoin de savoir que 200 fans de foot me trouvent dégueulasse. Oui, si je poste des photos de moi, j’ai envie de recevoir des compliments, et pas des insultes et des menaces. C’est si mal que ça ? Et d’ailleurs, c’est cette culture toxique qui amène les non-concernés à donner des avis non-renseignés sur des sujets qui ne les regardent pas. Je m’en fiche qu’une personne cis ait dit un truc transphobe sans l’intention de faire de la transphobie. C’est quand même transphobe. Ce ne sont pas les hétéros qui définissent ce qui est homophobe. Et ce ne sont pas les blancs qui déterminent si tel comportement est raciste ou pas.Il est temps de se rentrer dans la tête que nos avis ne sont pas indispensables, et que souvent, ils ne sont même pas pertinents.

Et puis le contexte est important aussi. Si vous voyez qu’une personne prend des tonnes d’insultes, est-ce vraiment utile d’en rajouter une à la pile ? Je sais que ce n’est pas fait innocemment. Assumez votre malveillance, vous qui faites ce genre de choses. Il en va de même pour la question « Tu es un garçon ou une fille ? » C’est une question assez anodine comme ça. Et pourtant, quand vos photos sont affichées par des transphobes, et que quelqu’un qui se moque avec eux vient vous demander « Je veux pas être méchante, c’est juste une question, mais t’es un garçon ou une fille ? », clairement, il n’y a pas d’innocence. D’ailleurs, quand j’ai dit à cette femme que ça ne la regardait pas, elle s’est emportée et m’a insultée.

Bref, tout ça pour dire quoi ? D’une part, j’avais envie de mettre tout ça en mots depuis la première vague en mai, parce que ça m’avait fait beaucoup de mal. Et aussi pour montrer ce qu’il se passe de l’autre côté. Du côté de la victime de ce harcèlement. Hier, j’ai passé ma journée à pleurer. J’étais triste et en colère. Je voulais attraper chacune de ces personnes et les frapper le plus fort possible. J’ai passé des heures à bloquer de nombreuses personnes. Et à la fin de la journée, j’étais épuisée. Et ça n’a pas duré si longtemps que ça. Je vous laisse imaginer ce que vivent les personnes qui subissent le harcèlement pendant des semaines, des mois voire des années dans certains cas. C’est le principe de la micro-agression. Un seul message, c’est gérable. Mais quand c’est 50 en une heure, avec que de la haine, ça n’est plus gérable du tout.

J’espère grandement ne plus avoir à subir ça. Mais entre mon espoir entre un peu en conflit avec mon manque de crédulité malheureusement.

Aline&Out : Transjournal, 08/08/2018,À travers les flammes

J’ai l’impression d’être cassée. Comme un pantin qu’on aurait jeté dans un escalier, qui gît, désarticulé, au pied des marches. Il y a un truc qui ne va plus chez moi. Ça doit être la saison qui fait ça. Je n’ai jamais beaucoup aimé l’été. Trop de chaleur, on doit porter moins de vêtements, du coup on voit mieux mes formes, et mes complexes remontent. Et qui plus est, je supporte très mal la chaleur à proprement parler. Je suffoque depuis un mois. Je n’ai pas de vêtements féminins d’été, donc je sors moins. C’est très frustrant. Et quand je sors, comme il fait beau, il y a souvent des gens dans la cour où j’habite, donc ça devient une mission d’infiltration pour que personne ne me voie.

Mais le problème principal est ailleurs. Ce n’est pas ça qui me donne l’impression d’être cassée. J’ai un problème émotionnel. Je n’arrive plus à être juste heureuse. Même quand je vis de belles choses. À chaque fois que la joie monte en moi, vous savez, la vraie joie celle qui vous serre le ventre et vous fait sourire de manière incontrôlable, à chaque fois, j’ai une vague de tristesse et de mélancolie qui me submerge. C’est comme si mon cerveau refusait que j’aille bien et me forçait à penser à toutes les conditions de ce bonheur, au prix à payer à chaque fois.

Par exemple, je me sens heureuse quand je sors avec mes ami.e.s en fille. C’est une chose assez simple. Et quand je commence à me sentir bien, je me souviens de la complexité de sortir de chez moi comme ça, de mes complexes physiques, de ma voix que les personnes extérieures peuvent entendre, des risques que je cours en marchant dans la rue, du rasage qui m’a ravagé la peau du visage et dont je prendrais plusieurs jours à me remettre. Je vois l’aisance qu’ont mes ami.e.s à me voir comme une femme, et je pense à la difficulté qu’a ma famille.

Plus le temps passe, et plus tout ça m’épuise. J’ai pensé à tout arrêter. Détransitionner. Rester Lui. Mais je sais que ce n’est pas une solution. Je sais que si je fais ça, c’est la mort assurée. Je ne peux pas déconstruire tout ce sur quoi je travaille depuis plus d’un an et demi maintenant. Je veux aller de l’avant. Je suis une femme de demain. Je dois continuer d’avancer. J’ai un incendie devant moi, mais je marcherai à travers les flammes. Elles ne me tueront pas. Elle me renforceront. Elles feront partie de moi. Elle seront le feu qui m’animera, me donnera de la combativité. Je dois vaincre les obstacles, pas abandonner. Le feu devrait me tuer. Le feu me tuera peut-être. Mais je suis une guerrière. Je suis courageuse, valeureuse, et déterminée. Si le feu doit me tuer, il me tuera, mais je ne m’arrêterai pas.

Pendant ma dépression, je me targuais d’être une « dépressive optimiste », et je répétais souvent cette phrase : « Je vais mal, mais je vais aller mieux. » C’était un moyen de me rassurer. Je n’y croyais qu’à moitié, parce que j’espérais que les choses s’arrangent d’elles-mêmes. Aujourd’hui, je vais mal. Plus aussi mal, certes. Mais tout n’est pas rose du tout. Mais j’ai enfin compris. Je sais quoi faire. Cette phrase était fausse. Personne ne se battra à ma place. Désormais, je dirai « Je vais mal, et je donnerai tout pour que ça aille mieux. »

Je suis une grande fille. Il est temps que je me prenne en main, et que je marche à travers les flammes.

À nous deux Incendie de la Peur.

Tu ne me fais plus peur.

Aline&Out : Transjournal, 26/05/2018, Vers la Surface

Je crois que je me suis un peu noyée. J’étais à flot, et j’ai été tirée par le fond. Je voyais la lumière s’éloigner. La surface était si distante que j’étais plongée dans l’obscurité.

Les choses ont été difficiles depuis mon coming out. C’est sans doute pour ça que je n’ai plus écrit. D’une certaine manière, je n’avais plus la force. J’avais enfin réussi à rassembler le courage d’en parler à ma famille. Je me sentais libre, légère. Je courais à toute vitesse vers le bonheur. Et puis je me suis heurtée à un mur d’incompréhension et de culpabilisation.

Tout-à-coup, j’étais le fils qui mourrait. J’étais l’enfant qui aurait dû parler de sa dépression au lieu de la garder pour lui. J’ai eu l’impression que tout était de ma faute. J’ai eu le sentiment d’avoir fait du mal à tout le monde, alors que je venais annoncer qu’enfin, j’allais mieux.

Comme je l’ai dit à mon père, si je suis en train de tuer ton fils, il est mort depuis des années, si tant est qu’il ait déjà existé.

J’ai l’impression d’être une bête de foire. Tout le monde me dit « On te soutient », mais ne me parle que de la difficulté à recevoir cette nouvelle. Ce n’est pas du soutien. C’est de la culpabilisation. Je sais qu’ils aimeraient que je fasse machine arrière. Ça n’arrivera pas. Et me dire à quel point c’est difficile pour eux n’aide pas. Je n’ai pas besoin d’entendre ça, ce n’est pas à moi de régler ça, j’ai déjà d’autres choses à gérer de mon côté.

Quand ils font ça, ils me rendent responsable de leurs maux. Ils me rendent responsable de ce qu’ils projetaient sur moi. J’arrête de leur mentir, et ça les fait chier. J’ai l’impression qu’ils sont plus attachés à une bite et trois poils de barbe qu’à ce que je suis à l’intérieur…

J’étais donc très loin sous la surface. La lumière de l’espoir ne m’éclaboussait plus. Mon élan était coupé. Je baissais les yeux, et je voyais le fond. Celui où je m’étais retrouvée il y a bien des années. Là où je ne voulais jamais retourner. Là où j’avais failli mourir.

Cette perpective m’a glacé le sang, et j’ai décidé de faire ce que jaurais dû faire à l’époque. Je suis allée voir un psychiatre. Un médecin reconnu, et apprécié pour son travail avec les personnes trans. Cet homme m’a inondée de bienveillance. Il s’est soucié de moi comme personne dans ma famille ne l’a fait. Au lieu d’êtte scandalisé par ce que je lui disais, il posais des questions, cherchait à comprendre, à m’accompagner. Je n’aime pas dire ça, mais il m’a plus soutenue dans ce court laps de temps que ma famille.

J’avais trouvé un second souffle. Je nageais à vers la surface avec une vigueur renouvelée. De plus en plus vite.

Et le 24 mai, j’ai sorti la tête de l’eau. Pour la première fois depuis plusieurs mois. Ce jour-là, le psychiatre m’a signé un papier attestant de ma transidentité. Ce jour-là, j’ai annoncé très officiellement mon vrai nom afin qu’il figure sur ce document. Ce jour-là, je suis devenue officiellement transgenre.

Le psychiatre m’a assurée que tout allait bien chez moi, et que sa porte restait ouverte si j’avais besoin d’un suivi plus long, plus tard. Il m’a secondée dans l’idée que ce n’était pas nécessaire pour le moment.

J’ai non seulement sorti la tête de l’eau, mais j’ai la sensation d’avoir bondi grâce à mon élan. Je me sens si bien. Ma transition commence enfin. Je vais pouvoir faire ma demande d’ALD grâce à l’attestation, et me faire prescrire mes hormones. Les choses avancent enfin. Je suis extrêmement heureuse.

Aline&Out : Transjournal, 28/02/2018, Miroir, miroir…

Je l’ai déjà dit sur ce blog, les miroirs sont mes ennemis.

Chaque fois que je m’y regarde, la dysphorie remonte. Chaque fois que je m’y regarde, j’y vois un homme. L’homme que j’ai cru être pendant 24 ans. L’homme que je fais semblant d’être la plupart du temps. L’homme que l’on m’a dit que j’étais. L’homme que je ne suis pas.

Cet homme est toujours là dans le miroir. Il a beau m’avoir cédé sa place, je le vois toujours.

Et quand je suis en fille, c’est pire. Je le vois sous le maquillage, sous les vêtements. Je vois ses traits, sa silhouette. Je vois un homme déguisé en femme. Il est grotesque.

Je hais les miroirs.

Mais aujourd’hui, pour la première fois, un miroir ne m’a pas trahie. Je prenais le métro. J’étais près de la porte de la cabine, en bout de rame. La porte est ornée d’un grand miroir. Je me vois de la tête aux mollets. Je suis en garçon. Et pourtant, en croisant le regard de mon reflet, pour la toute première fois, j’y ai vu quelqu’un d’autre. Pas exactement moi. Mais une personne aux traits plus féminins. C’est comme si la femme que je suis derrière ce masque commençait à se voir. Comme si le masque perdait de son opacité.

J’étais tellement émue que j’ai failli rater mon arrêt. L’homme qui tenait la barre près de moi me regardait, se demandant sûrement ce qu’il m’arrivait.

En sortant, j’ai essayé de retrouver ce reflet dans les vitrines, dans les fenêtres de voitures. Je ne l’ai pas retrouvé.

Mais l’espace de quelques minutes, j’ai enfin pu me voir. Me voir moi. Celle que je suis en dedans. C’est étrange de se rencontrer soi-même. Mais ça fait du bien.

Aline&Out : Transjournal, 27/01/2018, Coming out 3 : The Coming Outing

Je suis probablement en train d’écrire l’article le plus important de ce blog. Jusque là je considérais que c’était « Je suis une mauvaise trans », pour sa portée politique, mais celui-ci est tellement plus personnel et majeur… Et pourtant, il risque d’être assez maigre, vu le peu de choses que j’ai à raconter.

Alors, après ma lettre, j’ai eu mes parents au téléphone.

Je vais tout de suite dissiper les doutes, ça s’est bien passé.
Pour faire simple, c’est un choc, et iels ont besoin d’encaisser le coup, mais iels me soutiennent.
Je ne divulguerai pas ici le contenu de la conversation, parce que c’est très personnel, mais disons simplement que nous avons crevé beaucoup d’abcès qui gangrenaient nos relations depuis plusieurs années. Je sens vraiment qu’on repart sur des bases neuves et qu’on va pouvoir rétablir un contact direct et sain, et cela me ravit.

Et puis, on ne va pas se le cacher, j’y vois aussi un soutien immense. Mes ami.e.s font beaucoup pour moi, mais le soutien parental, je le trouve inestimable. Je sais maintenant que mon rêve de porter ma robe à paillette pour Noël n’est plus si irréaliste.

Je me sens allégée d’un poids immense.Je suis dans un état d’euphorie très avancé. Je suis simplement heureuse. J’ai envie d’aller voir la moi d’il y a un an, bébé trans tout frais, pour lui dire que tout ira bien. J’ai envie d’aller voir le mec cis en dépression que j’étais il y a quatre ans, et lui dire qu’il retrouvera le bonheur, le vrai. J’ai envie de voir le jeune ado qui commençait à se poser des questions sur son genre que j’étais il y a 11 ans et lui dire que tout va rentrer dans l’ordre, qu’il faut juste être patient.

Je me sens pousser des ailes. Je suis profondément émue. Beaucoup de personnes m’ont dit, après que j’aie envoyé la lettre hier, que le plus dur était fait. Mais je ne le ressentais pas comme ça. J’ai l’impression que maintenant c’est le cas. Le plus dur n’étais pas de le dire. Le plus dur était d’affronter la réaction. C’est pour ça qu’on a toujours peur d’annoncer ce genre de choses. Ce n’est pas la peur qui nous terrifie. C’est la réaction des gens.

Bref, je viens d’effectuer le coming out le plus important de ma vie. Il s’est bien passé. Je suis tellement excitée que j’en ai envie de pisser. Je suis très heureuse à l’heure actuelle, et je vous suis reconnaissante du soutien que vous m’avez apporté hier, mais aussi depuis le début du blog. Merci à vous.

Aline&Out : Transjournal, 26/01/2018 : Coming out 2 : Electric Boogaloo

C’est fait, ça y est.
Je viens de poster une lettre à destination de mes parents. Une lettre où je leur dis tout. Une lettre où je leur explique ma transidentité. Ses origines. Ses premiers signes. Mon déni de dix ans. Ma dépression. Tout.

Je me sens bizarre. En rentrant, j’étais en pleine crise de panique. Des larmes, des tremblements, des sanglots, le vertige. Je faisais peur à voir.

Ça fait une heure. Je me suis calmée. J’ai pris une douche. Je suis dans un état étrange. A la fois terrifiée, mais aussi sereine. Ça ne dépend plus de moi. J’ai fait ce que j’avais à faire. La balle n’est plus dans mon camp.
Je ne suis plus maîtresse de la suite des événements. C’est habituellement une sensation que je déteste. J’ai horreur de déléguer, et la phrase qui me définit le mieux je pense, c’est « On n’est jamais mieux servi que par soi-même ». J’ai horreur de subir les conséquences de choses que je ne contrôle pas. Mais cette fois c’est différent.
Cette fois, j’ai posté la lettre la plus importante de ma vie. Cette fois, pour la première fois de ma vie, je me suis réellement affirmée. Je prends mon destin en mains par cette lettre. Et c’est aussi quelque chose que j’ai écrit dans la lettre d’ailleurs. Je leur ai dit que leur avis sur la question ne changerait rien. Je leur ai dit que je les informais simplement.
Je crains leur réaction. Je ne sais absolument pas comment ils vont prendre tout ça. Encore une première fois. Pour la première fois, je n’ai aucune idée de ce à quoi ressemble mon avenir. Ou plutôt, toutes les possibilités ont une probabilité égale. Je peux recevoir un soutien inconditionnel comme me faire couper les vivres. Mais encore une fois, ça ne dépend plus de moi.

J’espère de tout cœur qu’ils m’accepteront telle que je suis, mais je ne peux pas en être sûre.

Bien sûr, je vous raconterai leur réponse dans un prochain billet.

J’en profite pour vous remercier, vous qui me lisez, certains depuis plus d’un an maintenant. Vous m’encouragez beaucoup. Vous êtes les personnes qui donnent de l’importance à mes propos. Je vous en suis éternellement reconnaissante.

On se voit de l’autre côté.